Exposition SOUS LA TENTE

Exposition éphémère // Bordeaux // Février 2010

28 rue Bouquière, Bordeaux

Christophe Massé reçoit Jo brouillon à l’occasion de l’exposition Sous la tente

Exposition SOUS LA TENTE , Février 2010

Exposition SOUS LA TENTE , Février 2010

L’aimant (songe de Jo Brouillon)  pour E.

Ainsi va la vie ! Elle ne nous ménage pas. Dans aucun sens du terme, et nous pouvons avoir de la chance. Nous habitons ici, à Bordeaux, la plus belle ville de cette douce France. Quoiqu’ il s’y passe, c’est toujours gavé mieux, genre meilleur à prendre, que de se trouver dans les endroits de la planète où pleuvent les bombes, accablé par les maladies, terrassé par la famine qui chaque jour condamnent à mort des milliers d’artistes peintres qui n’auront jamais encore eu le bonheur de prendre connaissance de l’existence d’une quelconque création… là où la nature se déchaîne pour faire table rase, en moins de temps qu’il ne le faut au peintre dessinateur pour tailler son crayon, la place de l’art n’est sans doute pas dans la belle sérénité qu’en occident artistes nous recherchons. Lieu commun, qu’une époque douloureuse me prie plus, qu’elle ne me pousse, à évoquer. Notre pain blanc est formidable, même si nous avons attaqué la croûte depuis longtemps, il reste des miettes et les artistes qui courent sur la queue de l’hippocampe les picorent. J’aime les artistes dans la peau d’artistes. Les derniers survivants.  La planète des sentiments est un grand stade comme celle de l’art est un minuscule terrain de jeu; espaces d’enjeux aussi importants pour les santés mentales; balayés par les tsunamis du cœur, les pluies affectives, les déflagrations d’envies de tout plaquer, qui deviennent des histoires à charmer du bout des lèvres, les yeux noyés d’aube fine, la queue posée sur la ligne bleue des draps au petit jour, quand depuis la salle de bains, l’odeur du pain qui grille au loin donne à la buée sur les carreaux ses lettres de noblesse, et l’envie, de la pointe du doigt, de dessiner ces petits cœurs qui disent: je t’aime.

Nous découvrons sur les grandes toiles et papiers de l’artiste météore, beaucoup du grain qui joue avec les maux jusqu’aux désespérances; car cette vocation à peindre depuis le plus jeune âge ne conduit-elle pas aux souffrances ? Le peintre, ce menteur de métier est condamné aux travaux forcés, il marche sur des tessons, glingue le ah ! et conduit à filer toujours du mauvais coton sur la plante, là où la chatouille est un feu pour diablotin. Pourquoi peindrait-il cette vérité qui n’existe pas ?

C’est par cette interrogation que débuta le second volet de ma saga amicale avec le peintre Jo Brouillon. Sautillant comme un moineau dégelé, il arpente le trottoir jusqu’au dos hermanos, là où nous nous étions donnés rendez-vous pour le tinto sifflera trois fois, accompagné des tapas de la casa. Depuis ma première visite à l’atelier de Jo, je me suis aperçu qu’il n’était pas le clone annoncé de Jean-Michel Basquiat. Pourtant dans sa fulgurance à remplir sa vie avec les ingrédients du peintre qui écrit son métier de peindre par la musique, la typographie sauvage et la peinture à l’eau, à l’huile, au stylo, aux craies, nous sommes invités à faire quelques aller-retour vers cet art urbain qui oriente les vies des boussoles désaimantées chères au prince de la street new-yorkaise. Nous regardons alors avec la plus subjective curiosité ce fragment de la comète Brouillon qui ne cesse dans la parure de son sillage d’embellir de traces phosphorescentes son passage dans la galaxie de la street de bx. Il pleut des cordes à rêver. Là, sa classe désobéissante me fût révélée. Maintes fois depuis Bordeaux/Cologne, nous avons tissé des petits fils d’Ariane et j’ai eu l’occasion, le plaisir, même, de constater avec jubilation l’évolution du peintre, sa richesse dans sa toison de désaxé. Aujourd’hui, dans un autre lexique, nous cherchons à combiner les couleurs du temps pour préparer le blabla de la Tente et dire en quelques phrases, l’essentiel qui mène au droit au but, sans battre notre coulpe plus qu’il ne le faut. Jo sait se maintenir dans la pénombre des grands arbres, droit comme l’if qui chercha de cyprès les étoiles. Jo me parle de sa famille avec douceur et amour. C’est un aimant sans limaille accroché aujourd’hui au vif de la plaie des lendemains sans horizon immédiat. Un léger tremblement occupe sa lèvre et son hirsute coiffure crépue (?) me replonge au temps où je portais une valise immense vide au bout de mon bras. Le peintre retrouve toujours dans son cheminement, les grands espaces vierges qu’il affectionne sur lesquels l’acrylique fluorescente va gicler pour inonder ensuite de sa lumière crue, des surfaces rédemptrices intemporelles, ou des micro-espaces à gratter sur lesquels il pose sa patte comme le chat un trèfle à cinq feuilles. Il guidera son heure du matin pâteux jusqu’aux soirs enluminés des guirlandes des rires de la nuit… il ne mentira pas vraiment comme nous entendons le mensonge et son écho sur les fausses parois, dans le magnifique conformisme de notre hypocrisie institutionnelle. Il tentera d’expliquer qu’il raconte des histoires, certaines aussi belles que les lettres de Théo à Vincent. Tiens trois sous avec lesquels tu pourras te retrouver au milieu des tournesols. Peindre c’est aimer sans arrêt. Jo est un débrouilleur de radars, un cartonneur de cymbales à slogans, un batteur d’œufs à la coque, une tempête de douceur comme les neiges au dessus des meringues craquantes. C’est avant le déluge un des rares peintres à Bordeaux qui puisse l’inscrire sur le viseur de sa carte le représentant. Décrire une botte de radis posée dans les épluchures sur du papier journal, dans la lueur sécurisante de la cuisine familiale, il y a longtemps, et la peindre sous le regard protecteur du père conduit, à n’en pas douter à faire de la blancheur acidulée et du rosé translucide de la peau incarnat du radis; la croque au sel d’un peintre qui n’aura plus qu’à rajouter autour, un jour, son monde de lumières fragmentées.

Dans l’ordre Jo a souri au questionnaire. J’avais comme dans la grande tradition du tête à tête top modèle devant son peintre imaginé qu’en Marcel il répondrait sans aucune hésitation au Proustien questionnaire feat Massé l’envolée lyrics. C’est en poussant sous mon nez les petites assiettes de croquettes & calamars qu’il le fît. Vous en  prendrez note avant de nous rejoindre Sous La Tente. Ce n’est pas chaque jour qu’un Brouillon fait copie neuve.

1/ Volontaire 2/ L’honnêteté (des gros nichons qualité eh !) Comment on pourrait dire ? 3/ La Curiosité 4/ Tout 5/ D’aimer trop vite 6/ La Musique 7/ D’être un bouc dans un troupeau de chèvres (rires)… d’être à Versailles (rires)… des enfants et les aimer comme je devrais les aimer… 8/ D’être aveugle perdre la vue 9/ Une femme pour connaître l’orgasme féminin (rires) 10/ L’Italie pas pour Berlusconi 11/ Je les aime toutes. Rouge 12/ Les fleurs de Fantin La Tour, les pivoines, les grosses fleurs 13/ L’hirondelle, elle qui fait le printemps 14/ San Antonio et Baudelaire 15/ Apollinaire 16/ Tarzan 17/ Barbarella 18/ Miles Davis Rachmaninov, Prokofiev 19 Fujita, Basquiat, Picasso, Twombly, etc… 20/ Mon père 21/ Friandises, amour, amoureux, pamplemousse 22/ Dictateurs génocides 23/ Le vase de Soissons 24/ Les congés payés 25/ L’oreille parfaite & musicale 26/ De mon vivant. Droit. J’ai l’impression d’être déjà mort. On ne meurt jamais 27/ Rassasié 28/ Le plagiat 29/ Ni dieu ni maître.

Dispense des questions. La peinture se regarde sans le mode d’emploi et nous pouvons même en rajouter deux couches aux monocouches. Un jour, un temps viendra où l’artiste répondra à des questions que personne ne lui posera. Puis il ne répondra plus du tout. Seul ses œuvres participeront du mensonge aimant songe universel.

Christophe Massé, Bordeaux  9 février 2010

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