CARTE BLANCHE – TRAITS NOIRS // Collectif BGB

Exposition collective // Langon //Avril 2008

Claude Buraglio, Franck Garcia, Jo Brouillon

ESPACE DES CARMES, 8 Cours des Carmes, 33210 Langon

exposition collectif BGB - Carte blanche Traits Noirs - Avril 2008

Parallèlement à leurs recherches personnelles qu’ils mènent au quotidien, Claude Buraglio, Franck Garcia et Jo Brouillon ont démarré depuis plus d’un an, un projet commun de travaux “à six mains”.

Dans une époque où l’individualisme semble être l’unique maître mot, ce projet de “faire ensemble” se présente comme une véritable alternative, presque un “acte politique”, pour les individus qu’ils sont par essence. Loin de l’idée de “groupe” et de ses dogmes d’appartenance, leur approche consiste à appréhender, l’un après l’autre, l’oeuvre en construction comme un espace commun d’activité, d’interaction, d’émulation, de divergence aussi, où chacun préserve la liberté de pratiquer son propre langage, de présenter son univers, rebondissant sur les idées, les signes et les intentions des deux autres protagonistes. En résulte une narration apparemment improbable et pourtant complètement lisible.

“Carte blanche, traits noirs” est la première exposition de ces travaux en commun, sous la forme d’une série de 9 toiles de 2 mètres x 2,25, prouvant que l’expérience collective est encore renouvelable, le propos d’actualité, et le résultat interrogeant le spectateur.

Texte de Guy Labrouche pour l’exposition Carte Blanche Traits Noirs

L’exposition qui nous est proposée ici par Claude Buraglio, Jo Brouillon et Franck Garcia et un «multivers» de trois artistes qui ont voulu «!jouer à fond!» cet engagement jubilatoire et communautaire de la création comme l’ont fait autrefois les Dadaïstes, les Surréalistes, comme leurs «cadavres exquis» offerts en nourriture profanée à nos psychismes, nos esprits, nos cultures, confusément mêles à nos sens, nos fantasmes, nos désirs, nos refoulements. Quelquefois, délices délictueux, inavoués, inavouables, dérangeants, mais partagés par des artistes et un public.

Pour cela, il faut une grande liberté, une grande honnêteté, une grande sincérité. Un artiste n’est artiste que lorsqu’il va se chercher au fond de lui-même, dans les limbes du réel, dans l’éther des sensations, voire, des réflexions. Un public aussi… «La poésie commence quand Je est un autre !» disait Rimbaud.

Sans ce « connais-toi toi-même», pas d’être véritable ; a fortiori, pas de création. Parce que l’on vit comme l’on crée et que l’on crée comme l’on vit. Pour paraphraser Edgar Morin, nous pourrions dire que «ceux qui ne s’autogénèrent pas, s’autodétruisent». À défaut d’audace créatrice authentique et d’engagement, tout, de nous, de notre vie, risque de n’être que succédané, ersatz…

Et c’est bien à cet engagement à la vie, à cet acte de vie, volontaire et partagé, que nous convient ces trois artistes. Claude Buraglio, Jo Brouillon, et Franck Garcia nous proposent un travail collectif de création qui n’ignore rien des travaux des Dadaïstes, de Hausmann, ou de la filiation qui existe entre eux et le Pop Art…, les Combine Paintings de Rauschenberg, les Nouveaux Réalistes, les Figurations Libre, Narrative et autres…, de l’engagement politique des Malassis, pour ne citer qu’eux. Pas plus qu’ils n’ignorent les Maîtres classiques ou les problèmes qu’ont soulevés les artistes de toutes époques sur la violence faite au corps, sur les récupérations politiques, sociétales de l’Art – sur la notion de pouvoir. Ce pouvoir, que d’aucuns s’approprient, que d’autres partagent, que d’autres encore nient.

L’expérience collective de Claude Buraglio, Jo Brouillon et Franck Garcia nous invite au partage, à… la communion. Il ne s’agit pas d’un désir d’anonymat des créateurs mais d’une convivialité respectueuse des désirs de chacun.

Claude Buraglio, dans le choix du noir et du blanc s’applique avec la même minutie qu’un Ernest Pignon Ernest à une représentation figurative, cependant, son intérêt pour Picabia reste également présent. Par une technique complexe et personnelle de la peinture à l’huile traitée comme… un fusain, elle rassemble d’un seul trait les références classiques que pourraient être Le Caravage ou Manet, Courbet avec le Pop Art et son propre travail lithographique. Les références culturelles (des photographies de Gerhard Riebicke aux affiches du Réalisme Socialiste…) signifient, avec discrétion, que le sujet de la peinture doit avoir du sens. L’image est univers aussi, qui n’est pas seule matière, laquelle peut être transcendée par l’intelligence, donc l’esprit.

Jo Brouillon, lui, triture l’image pour la faire parler plus. Ses compositions composites sont formées d’un vocabulaire qu’il faut décrypter, chaque image devenant mot et réciproquement. Il nous montre, dans une cacophonie non reniée, les chemins diffus de la construction «psychique» d’une image. Ce fatras, ce flux désordonné, inconscient, est pourtant l’origine des images, des mots que l’on perçoit. Fulgurances, donc, insaisissables dans leurs détails. Il nous montre que peut-être ce que l’on nomme le réel n’est, en nous, qu’une perception diffuse d’apparences. Bosch, Basquiat ou Hybert ne le renieraient pas.

Franck Garcia dépèce les corps de sa peinture-matière. Sa réceptivité sensible et son acuité visuelle nous font voir ce que l’on ne voudrait pas savoir (ou montrer) de soi. La peinture lui sert de filtre révélateur. Son intérêt va au-delà de la calme et plate apparence des choses et des êtres, pour représenter ce qu’il y a de non-dit, de frayeur, d’angoisse, d’horreur même, mais de celle qui fascine le regard. On pense à la «!charogne infâme!» de Baudelaire. Proche de l’expressionnisme de Nolde, Kirchner ou de Munch, on pense aussi à Goya, Bacon, Rustin ou Baselitz et Marlène Dumas. Ces trois artistes, comme l’avaient fait Warhol, Clemente et Basquiat, se sont amusés, avec le plus grand sérieux, dans cet exercice difficile de la création à plusieurs, dans le domaine de la peinture, lieu privilégié de l’ego, justifié.

À une époque où le climat économico-politico-socio-culturel nous incite de plus en plus à un individualisme enfermant et déshumanisant, eux réagissent avec une ingénuité consciente, par une invitation au partage, dans un acte collectif et symbolique, affirmant par là que l’Art est tout à la fois dérisoire et nécessaire. Que par l’Art l’individualité peut être sublimée pour toucher au collectif et que le collectif, lorsqu’il est acceptation de l’autre, permet l’affirmation et la reconnaissance de l’individu.